mercredi 9 mars 2011

Mise en bouche




Ce blogue a pour objectif de lutter contre certaines idées reçues au sujet de la langue, en particulier du français au Québec et tant du point de vue de la norme que de celui du statut. Il tire son inspiration de deux sources. D’abord Geoffrey K. Pullum, professeur à l’Université d’Édimbourg dont les chroniques linguistiques ont été réunies en 1991 dans le livre The Great Eskimo Vocabulary Hoax, and Other Irreverent Essays on the Study of Language (University of Chicago Press). Ensuite, son titre est inspiré de celui du livre de Jean Sévilla, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique (Perrin, 2003).
Le 12 février dernier, un groupe d’anciens terminologues de l’Office québécois de la langue française publiait dans Le Devoir la lettre ouverte « Au-delà des mots, les termes » qui aurait fait grimper aux rideaux quelques âmes particulièrement sensibles. À ces personnes on se doit de rappeler que grimper aux rideaux est un art et qu’il est difficile en cette matière de surpasser Charlie Chaplin.




Des personnes qui se sont senties visées auraient voulu faire passer les auteurs de la lettre ouverte pour des puristes. Cela n’a rien d’étonnant. Depuis longtemps les tenants de la modernisation du français québécois sont accusés d’être des puristes. Or, cette accusation est fausse dans la mesure où le propre du purisme est de vouloir conserver un état de langue ancien parce qu’il est jugé supérieur. Il y a de la malhonnêteté intellectuelle à traiter de puristes les personnes qui souhaitent insérer davantage les Québécois dans l’évolution moderne du français. L’accusation de purisme est l’arme habituelle dont se servent les adeptes de l’anti-modernité pour réduire leurs adversaires au silence. Tous les partisans de la modernité ont été traités de puristes. Mais les vrais puristes, les puristes pure-laine, sont ceux qui veulent nous faire revenir en arrière d’un siècle ou deux.
Le purisme sera donc l’objet de mes premières chroniques.
Mais, avant tout, gardons le sens de l’humour et rappelons qu’Érasme attribuait aux grammairiens – ancêtres des linguistes – une « douce folie » :
XLIX. — Mais ne serais-je pas moi-même la plus folle créature et digne des moqueries répétées de Démocrite, si je continuais à énumérer les folies et les insanités populaires ? J’arrive à ceux qui se donnent, parmi les mortels, l’extérieur de la sagesse et convoitent, comme ils disent, le rameau d’or.
Au premier rang sont les Grammairiens, race d’hommes qui serait la plus calamiteuse, la plus affligée, et la plus accablée par les Dieux, si je ne venais atténuer les disgrâces de leur malheureuse profession par une sorte de douce folie. Ils ne sont pas seulement cinq fois maudits, c’est-à-dire exposés à cinq graves périls, comme dit une épigramme grecque ; c’est mille malédictions qui pèsent sur eux.
[…]
Rien ne les enchante davantage que de distribuer entre eux les admirations et les louanges, et d’échanger des congra­tulations. Mais, que l’un d’eux laisse échapper un lapsus et que, par hasard, un plus avisé s’en aperçoive, par Hercule ! quelle tragédie ! quelle levée de boucliers ! quelles injures et quelles invectives ! Que j’aie contre moi tous les grammairiens, si j’exagère !
Érasme de Rotterdam, Éloge de la folie



Quebeci, die cinerum 2011

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